

Dans cet article, nous allons tenter de clarifier des notions pas toujours bien comprises, comme :
- Qu’est-ce qu’un mode ?
- Qu’est-ce qu’une tonalité ?
- Qu’est-ce qu’une gamme ?
- Quel est le lien entre ces trois entités ?
- Qu’est-ce qui donne sa spécificité sonore à une gamme : ses notes ? ses intervalles ?
Avec l’approche très visuelle que nous vous proposons, la réponse à ces questions va vous sembler évidente !
Pour commencer, identifions les forces en présence :
- Au départ, nous avons toutes les notes disponibles pour faire de la musique (les 12 notes de la musique occidentale).
- Au milieu, nous avons des successions d’intervalles (les modes) qui sont l’ADN des gammes. En effet, ce sont eux qui contiennent l’information permettant de construire une gamme et qui lui donnent sa spécificité sonore. Un mode est muet, c’est seulement de l’information. Tout comme l’ADN d’une cellule est le plan pour construire différents organes mais pas ces organes eux-mêmes.
- A l’arrivée, nous avons la tonalité, qui découle du choix d’une tonique, c’est à dire la note qui va donner son nom à une gamme ou, pour le formuler autrement, qui va permettre à un mode de s’incarner dans une gamme, sortant ainsi du monde de l’information pure et silencieuse (succession d’intervalles) pour donner naissance à une succession de notes bien sonores, une gamme.
Vous n’avez pas tout compris ? Ne vous tracassez pas, nous allons tout clarifier dans cet article…
Les 12 notes disponibles pour faire de la musique
La musique occidentale repose sur un système de 12 demi-tons par octave (le tempérament égal). Il est facile de les visualiser sur un clavier de piano, cela correspond au total des touches blanches et des touches noires :

Représentons toutes ces notes dans un tableau de 12 lignes, où chacune des 12 notes est utilisée comme point de départ :

A partir du moment où l’on choisit une note de départ (la TONIQUE) on définit une TONALITÉ. La tonique détermine le “centre tonal” ou “le sentiment d’appui” d’une œuvre musicale (en musique dite tonale).
En musique tonale (qui constitue la majorité de la musique occidentale, notamment dans les genres classiques, populaires et jazz), la plupart des morceaux sont articulés autour d’une seule tonique, servant de point de référence et de stabilité vers lequel tendent les autres notes. C’est pourquoi de nombreux morceaux se terminent par l’accord de tonique (degré I) : un véritable “retour à la maison”.
En musique modale, en revanche, le morceau n’est pas centré sur une organisation harmonique établie autour d’une tonique et de degrés fonctionnels. Ce type de musique est bien plus rare dans les genres occidentaux modernes mais offre une approche différente, riche de libertés mélodiques et harmoniques.
De même, dans l’improvisation modale en jazz, chaque fondamentale d’accord est considérée comme une tonique sur laquelle on joue une gamme adaptée ce qui rend l’exercice nettement plus complexe que d’improviser avec une même gamme pour tout le morceau !
Le Mode, “plan de montage” des gammes
Reprenons notre clavier de piano :

Si l’on n’utilise que les touches blanches, on joue la gamme bien connue de Do majeur :
do, ré, mi, fa, sol, la, si, do
Ces notes sont réparties selon une succession précise d’intervalles :
ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton
Ce que, là encore, le clavier de piano permet de visualiser facilement ces intervalles :

L’échelle d’intervalles “ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton”, c’est le mode IONIEN. C’est lui qui donne sa structure et ses caractéristiques sonores à la GAMME MAJEURE.
Pour bien comprendre le rôle de l’échelle d’intervalles dans l’identité sonore d’une gamme, faites cette expérience :
- Jouez à quelqu’un une succession de notes espacées selon le mode ionien (ton, ton, demi-ton, ton, ton, ton, demi-ton) mais en ne démarrant pas par Do. Par exemple : si, do#, ré#, mi, fa#, sol#, la#, si.
- Demandez-lui ce que vous avez joué. Il vous répondra très probablement que vous avez joué la gamme de do majeur : do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
Pourquoi ? Parce que ce qu’il a reconnu, c’est la sonorité du mode, qui ne dépend pas des notes jouées mais des intervalles entre ces notes.
Quand le mode s’unit à la tonalité, ils donnent naissance à une gamme !
Tant qu’il n’a pas épousé une tonalité, le mode est une gamme qui n’a pas de nom et pas de son. C’est juste une suite d’intervalles anonyme et muette. De l’information pure.
Exemple 1 : mode ionien
Si l’on reprend le mode ionien, qui est donc la structure de base des gammes majeures, on peut le représenter ainsi :

Choisissons maintenant une TONIQUE. Ce sera la note Do. Appliquons cette échelle d’intervalles au tableau de notes du début de cet article en partant de la note Do (les notes n’appartenant pas au mode ionien seront cachées) :

Félicitation aux heureux parent : Papa MODE IONIEN et maman TONALITÉ de Do ont engendré une jolie GAMME MAJEURE de Do !
En tonalité de Mi, on aurait obtenu la gamme de Mi majeur (ou gamme majeure de Mi) :

En tonalité de Fa#, on aurait eu la gamme de Fa# majeur (ou gamme majeure de Fa#) :

Et ainsi de suite, vous avez compris le principe…
Exemple 2 : mode majeur pentatonique
C’est le mode ionien sans les degrés qui forment des dissonances potentielles (la quarte juste et la septième majeure). C’est ce qui donne à la pentatonique majeure son caractère universel et accessible.
Mode ionien :

Mode pentatonique majeur :

Choisissons maintenant la note Do comme TONIQUE, ce qui définit la TONALITÉ de Do, et appliquons cette échelle d’intervalles au tableau de notes en partant de la note Do pour engendrer la gamme de Do majeur pentatonique :

Et en Mi majeur, on obtient la gamme de Mi majeur pentatonique :

Exemple 3 : mode éolien
C’est l’échelle d’intervalle qui forme l’architecture des gammes mineures naturelles :

Choisissons maintenant la note Do comme TONIQUE, ce qui définit la TONALITÉ de Do, et appliquons cette échelle d’intervalles au tableau de notes en partant de la note Do pour engendrer la gamme mineure naturelle de Do :

En Fa majeur, on obtient la gamme mineure naturelle de Fa :

Conclusion
Par exemple, une gamme devient une gamme de Do, de Ré ou de Si lorsqu’on choisit la note Do, Ré ou Si comme point de départ (la TONIQUE). La tonique, qui donne son nom à la gamme et à la tonalité, est le “centre tonal” ou “le sentiment d’appui” d’une œuvre musicale.
Si une pièce est en tonalité de Mib majeur, cela signifie qu’elle est basée sur la tonique Mib et qu’elle utilise des notes de la gamme de Mib majeur.
Ce choix de tonalité définit également les degrés de la gamme*, qui correspondent à des accords spécifiques. Le degré I est l’accord dont la fondamentale est la tonique (la note qui donne son nom à la tonalité), le degré II est basé sur la deuxième note de la gamme, et ainsi de suite.
Chaque degré remplit une fonction harmonique dans la tonalité : le I (accord de tonique) représente la stabilité, le II (sous-dominante) prépare les mouvements vers la dominante, etc.
- Le chapitre Les 7 degrés de la gamme majeure de l’article Comment savoir quelles notes ajouter à un accord pour enrichir sa sonorité
- Gammes, intervalles et degrés : ce que vous devez absolument comprendre !
- L’harmonisation de la Gamme Majeure expliquée aux Guitaristes Débutants
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