

Les dominantes secondaires sont couramment utilisées pour créer des progressions harmoniques plus riches et plus variées, en ajoutant de la couleur et de la tension à une suite d’accords.
Si les dominantes secondaires sont très utilisées en jazz, elles le sont aussi dans de nombreux autres styles musicaux (chanson française, pop, rock, folk, blues, soul, musique classique…).
On les trouve donc partout où les compositeurs et musiciens cherchent à enrichir leur palette harmonique.
D’où l’intérêt de comprendre comment utiliser les dominantes secondaires pour enrichir facilement une progression harmonique.
C’est ce que vous allez pouvoir faire grâce à cet article. Avec l’aide des couleurs, vous allez (enfin ?) tout comprendre et sans vous prendre la tête !
Qu’est-ce qu’une Dominante Secondaire ?
Avant de plonger dans le concept de dominante secondaire, il est important de comprendre ce qu’est une dominante. Pour cela, il faut aborder la notion de fonction…
Les fonctions des degrés de la gamme majeure
Les fonctions des degrés de la gamme majeure sont des rôles spécifiques attribués à chaque note ou accord basé sur la gamme (degrés) qui contribuent à créer des mouvements émotionnels dans les progressions harmoniques :

Une dominante est un accord majeur (accord de dominante) ou le plus souvent septième (accord de septième de dominante, noté “V7”) correspondant au degré V de la tonalité.
Dans une progression d’accords, la dominante précède souvent l’accord de tonique (degré I) vers lequel elle résout naturellement.
Dans la tonalité de Do majeur, l’accord de septième de dominante est G7, qui résout naturellement vers l’accord de tonique C.
Pour les plus curieux d’entre vous, voici un petit résumé des différentes fonctions…
Tonique (I). C’est la note de départ et de repos de la gamme, qui donne le ton (ou la tonalité). C’est le centre de gravité tonal autour duquel gravitent les autres notes et accords. Et l’accord correspondant est dit “accord de tonique”. En musique tonale*, la tonique est donc le degré le plus important. L’accord de tonique donne une impression de repos et de stabilité et c’est pourquoi il termine très souvent un morceau de musique. Dans la gamme de do majeur la note tonique est Do et l’accord de tonique est C (ou ses différentes variantes : CM7, C6, Csus4…).
Sus-tonique (ii). C’est la note située juste au-dessus de la tonique. Elle fonctionne souvent comme un prélude à la dominante (V) ou à la tonique (I) comme dans l’anatole : I → vi → ii → V. Dans la gamme de do majeur, la sus-tonique est Ré.
Médiante (iii). Elle est située à mi-chemin entre la tonique (I) et la dominante (V). En musique tonale, son rôle est moins fort que celui de la tonique (I), de la sous-dominante (IV) et de la dominante (V). Dans la gamme de do majeur, la médiante est Mi.
Sous-dominante (IV). C’est une note qui tend à conduire vers la dominante (V). En musique tonale, la sous-dominante est l’un des trois principaux degrés, les deux autres étant la tonique (I) et la dominante (V). Dans la gamme de do majeur, la sous-dominante est Fa.
Dominante (V). C’est l’accord qui crée la plus forte tension par rapport à la tonique (I), et qui tend naturellement à la résoudre. L’accord 7 correspondant est souvent appelé “accord de septième de dominante”. L’enchaînement du degré (V) vers le degré (I) (dominante vers tonique) forme une cadence dite “parfaite” qui conclue souvent une phrase musicale. Dans la gamme de do majeur, la dominante est Sol.
Sus-dominante (vi). En musique tonale, la sus-dominante est considérée comme un degré faible contrairement à la tonique (I), à la sous-dominante (IV) et à la dominante (V) qui sont des degrés forts. L’enchaînement du degré (V) vers le degré vi (cadence rompue) produit un effet de surprise. Dans la gamme de do majeur, la sus-dominante est La.
Sensible (vii). La sensible est la note située juste en dessous de la tonique, créant une forte tension qui résout naturellement sur la tonique. Dans la gamme de do majeur, la sensible est Si.
Dominante primaire et dominante secondaire
La dominante primaire est l’accord de septième de dominante (V7) de la tonalité principale de la progression d’accords. Elle crée une tension qui se résout généralement sur l’accord de tonique (I). Par exemple, en do majeur, la dominante primaire est l’accord G7, qui se résout sur C.
Une dominante secondaire est un accord de septième de dominante qui n’appartient pas à la tonalité principale et qui fonctionne comme une dominante primaire pour un autre accord de la tonalité. Elle crée une tension qui se résout vers un autre accord que la tonique principale, ce qui contribue à enrichir l’harmonie.
Par exemple, en do majeur, l’accord B7 est une dominante secondaire se résolvant sur Em, qui est le degré iii de la tonalité principale (do majeur).
En Mi majeur, B7 est la dominante primaire (degré V de Mi) alors qu’en Do majeur, elle est une dominante secondaire puisque Mi est le degré iii de Do.
Si ce n’est pas clair pour vous, rassurez-vous, vous comprendrez sans problème en lisant la suite.
L’utilisation de dominantes secondaires permet au compositeur ou à l’improvisateur de moduler temporairement vers une nouvelle tonalité, ajoutant une sensation de mouvement et de tension à la progression harmonique.
Formation des Dominantes Secondaires
Pour comprendre facilement comment ça fonctionne, il est pratique d’avoir sous les yeux un tableau des degrés de la gamme majeure, comme celui-ci :

Les accords mentionnés dans ce tableau sont des tétrades septièmes mais ça fonctionne évidemment aussi avec des triades !
Ajouter un accord à la progression
Pour former une dominante secondaire, il suffit de prendre n’importe quel accord diatonique* d’une tonalité (autre que l’accord de tonique) et de le précéder par un accord de dominante qui mène naturellement à lui.
Par exemple, dans la tonalité de Do majeur (ligne “Do” du tableau ci-dessus), l’accord de ré mineur (Dm7) est le deuxième degré (ii).
On peut faire précéder Dm7 par un A7, qui est la dominante primaire en Ré majeur (pour trouver A7, il suffit de prendre la ligne “Ré” du tableau précédent).
A7 est LA* dominante primaire en Ré (A7 → DM7) et UNE* dominante secondaire en Do (A7 → Dm7).
Pour le visualiser facilement, il suffit de superposer les lignes Do et Ré du tableau de degrés ci-dessus :

L’accord de dominante secondaire sera noté “V de ii” ou “V/ii“, indiquant ainsi qu’il s’agit de la dominante (V) qui résout vers le degré ii de la tonalité.
Il ne vous a probablement pas échappé que la formation des dominantes secondaires peut entraîner l’apparition de notes altérées (non diatoniques) dans la tonalité, car l’accord de dominante secondaire peut contenir des notes étrangères à la tonalité d’origine.
Ainsi, dans l’exemple ci-dessus, A7 est un accord majeur en Ré alors qu’il est mineur (Am7) en Do :

On a donc une modulation (changement de tonalité) temporaire en Ré avant de revenir en Do via le retour vers Dm, dont la fondamentale Ré est commune aux deux tonalités (fondamentale du degré I majeur en Ré et du degré ii mineur en Do).
Remplacer un accord de la progression
Au lieu d’ajouter A7 devant Dm7, on aurait pu obtenir une variante de la progression de base en “majorisant” Dm7 c’est-à-dire en le remplaçant par D7 (certains disent que l’on a “dominantisé” Dm7).
Dans ce cas, de quel accord D7 est-il la dominante primaire ?
Si on regarde le tableau des degrés, on trouve D7 dans la ligne “Sol” :

D7 est donc la dominante primaire en Sol majeur.
Et quelle est la place de Sol dans la ligne “Do” (puisque notre exemple est en Do majeur) ?
G7 est la dominante primaire en Do (degré V) :

En remplaçant Dm par D7, on ajoute donc une dominante secondaire qui est le V (D7) de V (G7) :

Généralisation à d’autres degrés
Comme on l’a déjà vu, la formation de dominante secondaire peut être appliquée à d’autres degrés de la tonalité, en dehors de la tonique :
- V de ii : accord de dominante secondaire menant au ii,
- V de iii : accord de dominante secondaire menant au iii,
- V de V : accord de dominante secondaire menant au V,
- V de vi : accord de dominante secondaire menant au vi
Les dominantes secondaires V de IV et V de V sont assez souvent utilisées, la plus courante étant V de vi.
Le V de ii est moins utilisé et le V de iii encore moins.
Et il est très rare de trouver une dominante secondaire menant directement au degré vii (V de vii) en raison de son statut d’accord diminué et instable. La fonction de dominante est habituellement utilisée pour résoudre vers des accords majeurs ou mineurs.
Prenons comme exemple V de iii en Do majeur et visualisons les lignes correspondantes du tableau :

B7 (dominante primaire en Mi majeur) est une dominante secondaire en Do majeur (V de iii) menant au degré iii (Em7).
Autre exemple, dans la tonalité Sib cette fois :

Ici, on a un “V de V” : C7, qui est la dominante primaire en Fa majeur, est une dominante secondaire en Sib majeur menant à F7 (la dominante primaire en Sib).
Exemples de Progressions Harmoniques incluant des Dominantes Secondaires
Pour comprendre comment les dominantes secondaires sont utilisées, examinons quelques exemples pratiques.
Exemple 1
Prenons une progression ii → V → I dans la tonalité de Do majeur et enrichissons-la avec une dominante secondaire.
Comme on est Do majeur, les accords seront pris dans la ligne “Do” du tableau ci-dessus :

Progression de base :
Dm7 → G7 → CM7
Avec dominante secondaire :
A7 (V de ii) → Dm7 → G7 → CM7
Ici, A7 (V de ii) est une dominante secondaire en tonalité de do majeur (dominante primaire de Dm, qui en est le degré ii) :

L’ajout de A7 dans la progression crée une tension supplémentaire avant de résoudre vers l’accord de tonique final.
Exemple 2
Plaçons-nous maintenant en tonalité de Fa majeur. Les accords diatoniques utilisables pour créer des progressions d’accords sont donc ceux de la ligne “Fa” du tableau :

Progression de base :
F → Bb → F → C
Avec dominante secondaire :
F → Bb → F → G7 (V de V) → C
G7 est la dominante primaire en Do majeur (G7 → C). En tonalité de Fa, elle est donc une dominante secondaire (V de V).

Exemple 3
Progression I → vi → ii → V avec dominante secondaire, en Do majeur. Les accords utilisés sont dans dans la ligne “do” du tableau :

Progression de base :
CM7 → Am7 → Dm7 → G7
Avec dominantes secondaires :
CM7 → A7 (V de ii) → Dm7 → G7 → CM7
L’utilisation du A7 (V de ii), qui résout naturellement vers Dm7 (dont il est la dominante primaire), est une dominante secondaire en Do qui offre une alternative à la progression diatonique de base.

Remarquez que cela revient finalement à “majoriser” Am7, qui est remplacé par A7. Ici, on n’a donc pas ajouté un nouvel accord dans la progression comme dans les exemples précédents, mais on a remplacé un accord mineur (Am7) par un accord 7 ayant la même fondamentale (A7).
Exemple 4
Restons en Do majeur :

Progression de base :
C → F → G7 → C
Avec dominantes secondaires :
C → C7 (V de IV) → F → D7 (V de V) → G7 → C
C7 (dominante primaire en Fa) est ajouté avant F et joue donc le rôle de dominante secondaire en Do (V de IV) :

D7 (dominante primaire en Sol) est ajouté avant G7 et joue donc le rôle de dominante secondaire en Do (V de V) :

Les progressions de la forme V/IV → IV et V/V → V sont assez souvent utilisées.
Exemple 5
Un dernier exemple, en Ré majeur cette fois :

Progression de base :
D → G → Bm → Em → A7 → D
Avec dominantes secondaires :
D → D7 (V de IV) → G → F#7 (V de vi) → Bm → Em → A7 → D
D7 (dominante primaire en Sol) est ajouté avant G et joue donc le rôle de dominante secondaire en Ré (V de IV) :

F#7 (dominante primaire en Si) est ajouté avant Bm et joue donc le rôle de dominante secondaire en Ré (V de vi) :

Dominante secondaire en tonalité mineure
C’est le même principe en mineur : la dominante secondaire est toujours un accord de dominante qui résout vers un degré de la tonalité autre que la tonique.
Pour le vérifier, il suffit de prendre le tableau des degrés majeurs en le commençant par le degré vi*, qui deviendra alors le degré i en mineur :

Vous pouvez remarquer que, cette fois, le degré v est mineur. Donc il faudra “majoriser” le degré v pour donner un accord de dominante majeur (V) ou un accord de septième de dominante (V7).
Par exemple, formons la dominante secondaire du degré iv (V7 de iv) dans la tonalité de La mineur (première ligne du tableau).
La ligne “La” du tableau indique que le degré iv en La mineur est Dm7, dont la fondamentale est Ré.
Prenons donc la ligne “Ré” du tableau : on y voit que le degré v est Am7 que l’on va “majoriser” pour donner A7.
L’accord correspondant à la dominante secondaire V7 de iv est donc A7, qui résout sur Dm7 (iv).
Rapidement deux autres exemples, toujours en La mineur :
- V7 de v est B7 résolvant vers Em7 (v).
- V7 de VI est E7 résolvant vers FM7 (VI).
Conclusion
Quand un accord de septième de dominante n’appartenant pas à la tonalité originale est présent dans une suite d’accords, il s’agit très probablement d’une dominante secondaire.
Les dominantes secondaires offrent un moyen pour les musiciens d’explorer des modulations (changement de tonalité) temporaires sans quitter la tonalité d’origine. Cela crée des surprises auditives et enrichit l’expérience musicale.
Voici quelques raisons pour lesquelles les dominantes secondaires sont particulièrement intéressantes :
- Variété harmonique : en utilisant des dominantes secondaires, les compositeurs peuvent éviter les progressions d’accords trop prévisibles et ajouter de la variété et de la complexité à leur musique.
- Création de tension et résolution : les dominantes secondaires ajoutent une tension qui demande à être résolue, ce qui peut intensifier le sentiment d’attente et de satisfaction lorsque la résolution se produit.
- Transition entre tonalités : les dominantes secondaires facilitent les modulations temporaires, permettant aux musiciens de changer de tonalité de manière fluide tout en restant cohérents dans leur progression harmonique.
- Opportunité d’improvisation : pour les improvisateurs, les dominantes secondaires offrent un cadre harmonique supplémentaire pour explorer des idées mélodiques et rythmiques.























Merci pour ce cours très bien expliqué avec des exemples sur les dominantes secondaire !!
Je retiens votre site pour d’autres éventuels besoin d’éclaircissements !
Bonne Année 2026,
à bientôt !
Caroline, Lyon, élève en harmonie jazz à l’ENM – Lyon !